Préserver l’accès indépendant de l’Europe à l’espace. A l’heure où la conquête de l’espace a repris aux Etats-Unis avec le programme “Artemis” de retour sur la Lune, où Elon Musk développe son réseau de satellites Starlink pour diffuser l’Internet haut débit partout sur la planète et où les Chinois ne ne cachent plus leurs ambitions avec leur propre station spatiale, les Européens doivent réagir.

Et la France en particulier, qui représente 50 % de l’espace européen, devant l’Allemagne et l’Italie. Dans ce contexte, à l’occasion de l’ouverture du 73e Congrès international d’astronautique, qui a débuté dimanche 18 septembre, à Paris, Elisabeth Borne, la Première ministre, a annoncé que plus de 9 milliards d’euros sur trois ans seront investis dans des lanceurs (Ariane 6), compétitivité industrielle, exploration, climat et défense. C’est près de 25 % de plus qu’au cours des trois années précédentes.

Dans cette enveloppe présentée par le chef du gouvernement, certains financements sont déjà connus, comme les crédits du volet espace du plan d’investissement France 2030 (1,5 milliard d’euros), ceux de la trajectoire de la loi de programmation de la recherche votée jusqu’en 2030, ceux du Centre national d’études spatiales (CNES) ainsi qu’une partie des 5 milliards de la loi de programmation militaire 2019-2025.

Y figure également la prochaine contribution française au budget de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui sera décidée par les vingt-deux pays membres lors de la conférence ministérielle de novembre à Paris. Son montant exact n’a pas encore été déterminé, tout dépendra des discussions et des projets, l’ESA souhaitant près de 18 milliards d’euros pour financer ses programmes pour les trois prochaines années.

Cela profitera à “l’ensemble de l’industrie”

Pour ces investissements « majeurs », Mme Borne a fixé une méthode en demandant aux trois ministres chargés de l’espace (défense, recherche et industrie) de travailler ensemble et d’examiner sujet par sujet comment allouer ces nouveaux moyens.

Espace : patron de l’ESA : l’astronaute européen devrait bientôt aller sur la Lune

Le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), Josef Aschbacher, a de grands objectifs – et veut beaucoup d’argent pour eux. Dans une interview avec l’agence de presse allemande, il a parlé des Européens sur la lune, des prix des billets pour le vol là-bas – et des jeunes astronautes.

Question : La fusée européenne Ariane 6 n’a toujours pas décollé, la mission martienne germano-russe Exomars a été stoppée et le module de service européen ESM de la mission lunaire Artemis n’est pas encore en route vers la lune. Affichez-vous 2022 comme une année de déboires ?

Réponse : Pas du tout. Au contraire. Nous avons eu beaucoup de succès. Je cite le premier vol de la fusée Vega-C en exemple. Nous avons également organisé pour la première fois un sommet spatial, au cours duquel l’UE et l’ESA ont pris des décisions ensemble. Le Conseil des ministres de novembre, au cours duquel les États membres de l’ESA établissent le budget et la feuille de route pour les trois prochaines années, sera le couronnement de l’année. L’annonce de la nouvelle classe d’astronautes au cours du même mois sera également un moment fort.

Question : Comment cette force sera-t-elle composée ?

Réponse : Il n’est pas possible de le dire pour le moment. Nous sommes dans les dernières étapes de sélection. Nous avons eu près de 22 000 candidatures. Nous avons réduit cela à 50 en plusieurs étapes. Nous choisirons à nouveau à partir de là. J’interviewerai moi-même les candidats les plus prometteurs en octobre et sélectionnerai personnellement les nouveaux astronautes. On ne peut pas encore dire combien il y en a et si des Allemands sont parmi eux.

Question : L’avenir de l’ISS est incertain. Ces astronautes iront-ils un jour dans l’espace ?

Réponse : Oui, bien sûr. Nous choisissons des astronautes pour voler. La question est quand. Il y a deux destinations possibles. Premièrement, l’ISS, que nous aimerions continuer à exploiter avec la NASA jusqu’en 2030. D’autre part, le programme lunaire de la Nasa “Artemis” nous donne l’opportunité d’amener des astronautes à la station prévue sur l’orbite lunaire, la “Lunar Gateway ”. Trois vols pour les astronautes de l’Esa ont actuellement été convenus avec la NASA. Nous pourrions également être en mesure d’amener un astronaute sur la lune elle-même.

Question : Pourquoi n’y a-t-il pas encore eu d’engagement ferme pour cela ?

Réponse : Croyez-moi, j’aborde le sujet chaque fois que je rencontre le PDG de la NASA, Bill Nelson. Je veux voir un astronaute européen sur la lune avant la fin de cette décennie.

Question : Est-ce une question d’argent ?

Réponse : Ces vols effectués par des astronautes à la NASA ne sont pas payés directement. Indirectement, cependant, nous le faisons, dans la mesure où nous participons à des coopérations et investissons en conséquence. Par exemple, si nous apportons des contributions importantes au programme « Artémis », je peux mettre cela sur la table lors des négociations. C’est pourquoi il est également important que le Conseil des ministres de l’ESA approuve un budget élevé et de nombreuses propositions de projets en novembre. Cela renforce ma position.

Question : Le dernier alunissage habité remonte à 50 ans. Quelle valeur ajoutée attendez-vous de la nouvelle approche ?

Réponse : Nous avons une certaine idée des avantages économiques que cela peut nous apporter. Cependant, nous ne pouvons pas encore connaître tout le potentiel de la nouvelle zone économique. Mais je suis personnellement convaincu que ça vaut le coup. La lune évoluera vers une nouvelle économie qui prospérera au cours de la prochaine décennie. Nous commençons à peine à utiliser la lune de manière durable pour nos projets cette fois-ci. Quand Columbus est venu en Amérique, il ne savait pas au début ce que tout cela signifiait.

Catégorisé: